Petit entretien « hypnogolien » avec Aurélie Dorzée
« Hypnogol », quel étrange néologisme que voici ?
C’est une contraction du terme utilisé en psychanalyse « hypnogogia », qui signifie l’état alpha
dans lequel l’individu se trouve juste avant de plonger dans le sommeil, et du nom de l’écrivain
russe, Gogol, qui a écrit des textes, comment dire, assez. gogol !
Ce disque, c’est un peu tout ça : un rêve plus ou moins éveillé, des bizarreries, une succession de songes.
Comment avez-vous procédé pour réaliser ce grand voyage musical ?
Si l’on veut rester dans le registre marin, nous voulions larguer les amarres autant que possible,
créer un univers à nous, qui n’entre pas immédiatement dans les standards classiques (trad, jazz, rock.).
Il a fallu travailler beaucoup, composer, concilier, renoncer, étoffer, re-composer.
Faire un lien entre l’univers singulier de Tom, issu du jazz , rock et trad, avec toute sa sensibilité,
son humour décalé, sa voix chaude et le mien, partagé entre la musique traditionnelle, le classique,
et mes envies de pousser d’autres portes, vocales notamment.
Jusqu’à l’enregistrement final, en juin dernier, aux studios de Homerecords.be, à Liège.
Oui. Nous sommes arrivés là-bas avec une base relativement stable, mais beaucoup de choses se sont produites sur place. Dix jours d’enregistrement, trois semaines de mixage : ce fut une très belle aventure. Michel Van Achter est un véritable producteur artistique. Il vit le disque à 100% en apportant un regard extérieur, en aidant les musiciens à prendre des décisions pas toujours simples, le tout avec rigueur, tact et sensibilité.
Ce « Journal d’un capitaine » n’est pas totalement imaginaire ?
L’ « Aurelia Feria » existe réellement. En effet, il s’agit de notre péniche, un bateau de 40 mètres de long, désormais aménagée en petit théâtre d’une centaine de places. C’est notre pied-à-terre et notre futur lieu de représentation. Elle est actuellement amarrée à Gand, mais elle va naviguer dans les mois qui viennent.
En Flandre, en Wallonie, et peut être en France. C’est une aventure à la fois familiale, professionnelle et musicale. Un véritable projet de vie. Notre rêve, c’est d’aller jusqu’Avignon et de donner des concerts le long du périple. Sur la scène de l’Aurélia Feria, nous allons monter un vrai spectacle-concert en proposant aux spectateurs de vivre en direct ce « Journal d’un capitaine » un peu secoué dans sa tête.
Précisément, « Hypnogol » c’est donc l’histoire d’un capitaine un peu fou qui, accroché à son gouvernail, se met à rêver, délirer, fantasmer, etc.
Oui, il est traversé par une grande solitude intérieure, des hallucinations, des images fantasmagoriques.
Nous avons énormément travaillé sur les sons. Il y a eu débat entre nous : faut-il uniquement employer des instruments, faut-il recourir à des musiques électroniques ?
Ce fut laborieux. A l’exception d’un petit extrait « hip hop », toute la musique est jouée avec des instruments non électriques avec un énorme travail autour des percussions et avec deux invités. Oui, Stephan a fait une recherche incroyable sur les percussions et les sons au sens large en s’entourant de mille instruments.
De la batterie au daf en passant par le vibraphone et les cloches. Pour un morceau, il a même utilisé une quinzaine de gongs chinois ! C’était un vrai bonheur de le voir ainsi explorer des pistes nouvelles.
Par ailleurs, nous avons invité Michel Massot, tubiste exceptionnel et très actif dans le monde des musiques improvisées (Garret List, Trio Bravo, Trio Grande.). Ses tubas ont apporté de la profondeur au disque.
Ce fut une très belle collaboration. Enfin, Sara Salverius, une jeune accordéoniste de 20 ans est venue jouer dans deux morceaux avec énormément de fraîcheur.
Après « Festina lente », peut-on dire qu’« Hypnogol » a gagné en maturité et en cohérence ?
Sans doute, car c’était un premier disque. Il fallait trouver une voie, un langage, une manière de raconter
une histoire musicale commune et cohérente. Personnellement, j’ai franchi une étape avec le chant.
Ce ne fut pas simple car c’est un nouvel instrument en soi qu’il faut combiner avec le violon et l’alto.
Mais c’est un début et là n’est pas l’essentiel du disque.
Une certitude : cet album est plus radical, moins « auberge espagnole » que « Festina lente ».
Ici, on a fait des choix cornéliens. Il n’y a pas eu de consensus mou !
Les voix, les cordes, les percussions, le tuba, tout se mélange, c’est au public désormais à mener
son propre voyage intérieur dans l’ « Hypnogol ».